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L’ordinateur source.


Je me souviens, très bien, c’était fin 1981. J’étais installé depuis quelques mois à Aix-en-Provence avec ma petite amie. Nous avions quitté un Montluçon s’enfonçant dans la crise et le chômage. C’était la fin de la disco qui se mutait en funk. À Aix, nous étions étudiants. Elle, en fac de musique, et moi, en école d’ingénieur. Le plus dur pour une école d’ingénieur, c’est d’y renter, après, cool… Enfin je croyais. L’École des Arts et Métiers est plutôt dure le premier trimestre : bizutage intensif (l’usinage, pour les initiés) et pour moi, manque de pot, c’était le trimestre module électricité. Matière à laquelle que je n’ai jamais rien compris, ce qui ne m’a pas empêché de faire 2 ans à EDF…

C'est au cours de ce trimestre que j’ai eu mes premiers contacts avec les ordinateurs. Ma vision de la programmation, comme tous les jeunes de ma génération, se résumait à quelques vagues pianotages sur des calculettes Texas Instrument. Mon premier vrai ordinateur fut le mini 6 de Bull. Une grosse unité centrale branchée sur des lecteurs de bandes, comme dans 2001 Odyssée de l’Espace. Je m’imaginais programmer des dessins, des perspectives animées, comme j’avais vus à la télé lors de programmes obscurs produits par les chercheurs de l’INA et le génial Peter Foldes. Malheureusement, mes premiers contacts furent une catastrophe. Les cours portaient sur le langage assembleur, le code primaire d’un processeur. Je ne comprenais rien et je voyais disparaître tous mes espoirs. Je me disais que mon cas était foutu, comme pour l’électricité. Puis, un jour, en TP informatique, un de mes copains se mit à jouer à un jeu de tennis sur l’écran de son terminal. Il m’expliqua que c’est un ancien (élève de deuxième année) qui l’avait programmé. En Fortran. Il se trouve que nous avions commencé l’étude de ce langage auquel une fois de plus je ne captais rien. Je me dis qu’il fallait que je prenne vite les choses en main.

Un samedi matin, je me rendis à une grande librairie sur le Cours Mirabeau et demandai un ouvrage sur le Fortran. Je l’achetai et le dévorai littéralement pendant tout le week-end, ma copine me faisant la tête, car nous ne sortions pas. Tout était limpide, simple, biblique. Comme quoi, rien n’est globalement incompréhensible, il suffit toujours de trouver le bon angle pour expliquer. Peut-être aurais-je dû acheter un ouvrage d’électricité dans la foulée, m’évitant ainsi l’examen de septembre…

Après cette révélation d’un week-end, je rejoignis alors une équipe de fondus qui programmaient matin, midi et soir des jeux et des trucs débiles qui défilaient sur les écrans noir et blanc du mini 6. Les ancêtres des blogs…

Mais la véritable révélation vint au cours du deuxième trimestre avec le module mécanique. Pour les TP, nous effectuions des mesures qui étaient ensuite centralisées sur un micro-ordinateur pour traitement numérique et graphique. Enfin j’accédais à une machine qui affichait des couleurs et du graphisme. Cette machine avait été inventée par un type un tout petit plus vieux que moi dans un garage aux États-Unis et portait un drôle de logo. C’était un bijou de simplicité de programmation avec un langage génial : le basic.

L’Apple II venait de renter dans ma vie. Cette machine était déjà un mythe. Un design inouï pour l ‘époque, un logo et un nom qui claquent, une aisance d’utilisation inégalée… Tous les fondamentaux de la marque la plus mythique de toute l’histoire de l’informatique étaient là. Basic et Fortran devinrent des secondes langues vivantes pour moi. Et comme quand on est doué pour les langues, on apprend avec aisance les autres. Je m’amusai à potasser pour le fun le Pascal et le Cobol. Ce dernier langage dédié à la gestion et à la compta et qui tombera vite dans les oubliettes, reviendra à la mode à la fin des années 90. Le bug de l’an 2000 obligeant des tas d’entreprises et de banques à reprogrammer leurs outils et payer des fortunes des vétérans du Cobol…

Apple ne m’a plus jamais quitté. La mort dans l’âme, durant mon bref passage à EDF, j’ai dû travailler sur PC sous DOS. J’ai vaguement connu les débuts de Windows. Rendons à César ce qui est à César. Si Steve Jobs, n’avait pas demandé à Bill Gates de travailler sur un traitement de texte et un tableur pour son environnement graphique pour son premier Mac, il est fort probable que Microsoft n’aurait jamais lancé Word, Excell et Windows, pâle copie de Mac OS. Rendons toujours à César… Le principe de la souris et de l’interface graphique ne vient pas d’Apple, mais du laboratoire de recherche de Rank Xeros. Steve Jobs et son équipe ont eu vent de ces recherches et les ont achetées pour développer les OS de Lisa puis du Mac.

Aujourd’hui j’ai une double chance. Faire le métier que j’avais finalement envie de faire quand j’avais une quinzaine d’années : la publicité et la communication. Et ma seconde chance, c’est qu’Apple est la marque de ce marché. Toute la profession utilise ces machines.

Normal, entre créatifs on se comprend…
2.6.05 22:33


La boîte 2000.


Je me souviens, c’était en 1971. Je venais de rentrer en sixième. J’avais un super copain qui habitait à 20 mètres de chez moi, au bout de la rue. Nous jouions souvent dehors, dans un terrain vague à côté de l’immeuble. Un terrain comme celui que j’ai vu plus tard dans Mon oncle de Tati. Cabanes, vélo et patins à roulettes, les vrais avec quatre roues qu’il fallait huiler, étaient nos occupations. Et quand il pleuvait, c’était Lego, jeux de société, Monopoly, échecs, et bien sûr la télévision. Goldorak n’existait pas à l’époque et je crois que je n’aurais pas aimé. Pour nous, c’était Flipper le dauphin, Skippy le kangourou, les Bannis et le kitschissime Voyages aux fonds des mers. Puis il y avait aussi les premières émissions de plateaux pour les jeunes avec animateurs, variétés, jeux. Et Jacques Delord. Non, pas le futur ministre socialiste, Jacques Delord, le magicien. Malheureusement, mon copain ne s’intéressait pas à cet art.

J’avais déjà une boîte de magie, celle de Dominique Webb, un illusionniste hypnotiseur que j’avais vu à télévision chez Guy Lux et en vrai sous un chapiteau sur le parking du Mammouth. Il avait hypnotisé des volontaires et leur avait fait faire n’importe quoi : danser, pleurer, avoir froid, avoir chaud… Cela sentait l’arnaque, comme sa boîte de magie qui comportait peu de tours intéressants. Trois magiciens, qui se partagèrent habilement le marché et l’antenne, allaient me conduire à ne penser que magie matin, midi et soir, au point de provoquer un ras-le-bol de mes parents et ceux de L., un copain de classe qui allait être mon grand pote de sixième et de magie.

Le premier fut donc Jacques Delord, un conteur et manipulateur de cordes. Ses cordes se coupaient, s’allongeaient, se démultipliaient par magie. Rien dans les poches, rien dans les manches. Juste une corde et des ciseaux. Il racontait un conte, coupait, soufflait, faisait des nœuds qui s’envolaient. C’était poétique et… énervant. Finalement, L. et moi trouvâmes un bouquin où il expliquait ses tours. Je découvrais alors les joies du close-up. Cordes coupées et reconstituées, sucres traversant la table, pièces voyageuses d’une assiette à l’autre, ces tours n’avaient plus de secret, tout du moins sur le papier. Je passais mes soirées, mes samedis et dimanches à les répéter, les répéter et les répéter. Pas de boîtes à double-fond, pas d’artifices, tout dans les doigts. Manipulations.

Le deuxième, plus connu, était Gérard Majax qui animait le soir un jeu avant les actualités, Y’a un truc. Le principe était simple : il faisait un tour et les téléspectateurs téléphonaient pour donner une explication. Je me souviens encore du truc le plus drôle : et hop, je suis en lévitation, regardez mes pieds, je décolle. Et oui, y a un truc…

Le troisième était un magicien extraordinaire, un manipulateur hors pair, à l'allure et à l’accent étranges, venant d’Orient. Une magie ébouriffante, avec des accessoires classiques mais totalement revus (colombes, boîtes, malles, etc.) ou alors, là comme ça, sur un coin de table, avec un stylo, une allumette, une cigarette, un anneau, un sucre et bien sûr des cartes. Le close-up à son sommet. C’était le fantastique Kassagi. J’avais finalement réussi à me faire offrir une boîte de Gérard Majax, mais mon copain L., plus veinard, avait eu la célèbre boîte de Kassagi.

De la série 2000, c’était la seule dont je rêvais. Des copains avaient Chimie 2000, Électricité 2000, Radio 2000, Poterie 2000, Pyrogravure 2000, Électronique 2000 et Biologie 2000 avec sa grenouille dans le formol… Les boîtes moisissaient tranquillement dans les placards, car il y avait toujours une raison pour ne pas y jouer. Pas le temps, ta mère ne veut pas, on va perdre des pièces ; allez jouer à chimie 2000 dans une chambre quand vous êtes 4 enfants ! C’était comme les moulages Mako, on en mettait partout, et le résultat était catastrophique…

Alors que Magie 2000, ce n’était pas pareil. Cela ne se passait qu’entre initiés. On ouvrait la boîte, prenait le manuel, un ou deux accessoires, et hop, c’était magique. Pas de machins à monter, brancher, mélanger, diluer, préparer, pas besoin d’aller dans la cuisine. Au contraire, tout se passait tranquillement dans la chambre. Il était des secrets qu’il ne fallait pas dévoiler. L. et moi travaillions nos tours, les mélangions, les améliorons et avions finis par mettre au point un véritable show, une vingtaine de tours qui s’enchaînaient parfaitement. Nous l’avions rodé devant nos parents qui étaient finalement surpris. On en parla à notre professeur principal qui accepta que le dernier jour de classe nous fassions un spectacle. Ce fut notre premier et unique quart d’heure de gloire en Majax junior. J’avais tellement bien travaillé mes tours que les professeurs m’autorisèrent à redoubler… L. plus bosseur que moi passa en cinquième et nous nous perdîmes de vue.

Plus de 30 ans après, j’ai tout oublié, mais la magie occupe toujours une place dans mon cœur. Il y a beaucoup de moins de vrais magiciens vedettes. Quand je vois Sylvain Mirouf réduit à faire le troufion dans la 1er compagnie… Mes enfants s’y intéressent beaucoup en spectateurs et je prends un grand plaisir à regarder avec eux le Grand Cabaret de P. Sébastien, avec un petit faible pour son invité permanent, Bernard Bilis et ses tours ahurissants de close-up. Une réincarnation de Kassagi ?

Et si mon grand me réclame une boîte… Fiston, j’ai déjà repéré ce qu’il te faut…

10.5.05 23:54


Le fauteuil dans l’air.


Je me souviens, cela devait être en 1969 ou 70. Par là. Nous étions installés à Chamalières depuis peu. Mon père s’occupait du marketing d’une grande marque de chocolat de prestige. C’était un nouveau mot, marketing, qui arrivait en France… Je ne me rendais pas compte, mais mes parents étaient pop & design. Avant d’arriver en Auvergne, ils avaient ouvert dans le Sud-Ouest natal une boutique de fringues esprit Mademoiselle Age-tendre. Ambiance pop et flower, chemisiers et jupes à froufrou. Ils étaient trop avant-gardistes pour la ville où nous étions. Ce fut un échec.

La boutique avait été fermée, et ma mère avait conservé des fringues. Mini-jupe en daim, pull orange moulant, bottes en skaï… Le mobilier de la maison était total sixties/seventies. Buffet et table de cuisine en formica marron, canapé en L blanc formé de chauffeuses aux formes arrondies, table basse à pieds chromés et plateau stratifié blanc, meuble living avec vitrine-bibliothèque et bar, lampe métal avec ampoule à dessus chromé, mini-téléviseur design ultra-arrondi avec 2 antennes extérieures. J’aimais cette décoration qui marquait une différence par rapport aux intérieurs de mes copains, plus traditionnels : fauteuils rustiques couverts en tapisserie avec scène de chasse, tables campagnardes massives, buffets gigantesques, télévisons immenses avec napperons et baromètres dessus…

Un jour mon père ramena une boîte en carton. De cette boîte, il sortit un gonfleur puis un magma de plastique. Il brancha dessus le gonfleur puis pompa un moment jusqu’à ce qu’il se forme un boudin. Le bruit était drôle, une respiration, de l’air asthmatique en mouvement, invisible, dans un boudin transparent. Il rebrancha le gonfleur à un autre endroit et re-pompa à nouveau. Un des objets les plus design de cette époque naissait dans notre séjour.

Avec le fauteuil gonflable, l’aménagement et la décoration de l’appartement basculaient dans l’avant-gardisme total. Aucun des parents de mes copains n’avait ce gadget. Le fauteuil était placé près de la grande porte-fenêtre donnant sur le balcon, et d’un grand bac rempli de plantes vertes dont un gigantesque caoutchouc. Verre contre plastique. Lumière par lumière. Design et nature.

Le hic, c’est que ma sœur, âgée de 2 ou 3 ans, et moi n’avions pas le droit de s’asseoir dessus, dès fois qu’un malheur arrive. Ce qu’il n’a pas empêché qu’il arrive. Un jour le fauteuil s’est mis à se ramollir. Oh, pas la grosse fuite qui l’aurait fait s’envoler comme un ballon en faisant des gros pprrooouuuuttt avec l’air qui s’en va. Non, la fuite vicieuse dont on ne savait pas trop d’où elle venait.

Dans le carton du fauteuil, il y avait un kit de survie : rustines et colle spéciale. Mon père pris alors les choses en main, en transformant la salle de bain en bloc opératoire pour fauteuil gonflable. La baignoire fut remplie, le fauteuil mis en réanimation par gonfleur et immergé par bouts pour détecter cette foutue fuite. Une soudure qui faisait des siennes.

Le fauteuil ne recouvra jamais sa bonne santé. Un fauteuil gonflable cela ne se soigne pas finalement. Il fut quelque temps encore dans le salon avec ses quelques rustines un peu opaques, comme des cicatrices sur sa peau transparente remplie d’air. Puis un jour, une fuite de trop, introuvable, lui fut fatale.

Cet objet design typique des années 60/70 tomba vite dans l’oubli. Aujourd’hui il y a bien sur des fauteuils gonflables pour piscines, pour les enfants, avec des motifs ignobles de Manga et autres personnages de BD. Mais les fauteuils originaux, ceux dessinés en 1967, sont pratiquement introuvables. Curieux…

8.5.05 23:47


Le cube socialiste.


Je me souviens, c’était à la rentrée de 1980. Nous étions depuis 5 ans à Montluçon, la crise économique frappait, l’usine Dunlop commençait à partir en vrille, piquets de grève, occupation, banderoles… L’ambiance était moyenne, la ville, déjà à gauche, attendait la prochaine présidentielle qui verrait le triomphe de la rose. J’étais en classe préparatoire de mathématiques spéciales pour préparer mon concours à l’École des Arts et Métiers. Mon emploi du temps était celui d’un moine : succession de cours de maths, de physique, de mécanique, de dessin industriel, d’usinage… Des cours passionnants mais longs, 2 à 4 heures chaque fois. Puis le soir, exercices, devoirs et colles. Mes loisirs se limitaient à sortir un peu avec ma petite amie, faire des parties de tarots auxquelles je ne comprenais rien (les cartes et moi, font deux) et aller dans une boîte disco à deux balles près de la maison.

Et puis il y avait les jeux de réflexions et les casses-têtes qui commençaient à devenir populaires et que je partageais avec quelques copains (Backgammon, go, échecs…). Une chaîne de distribution était entrain de naître, les Jeux Descartes, les wargames et les Donjons et Dragons débarquaient en France. C’étaient des jeux de plateaux qui nécessitaient des heures de préparation et de jeux. Voire plusieurs jours. Et pour les soluces, pas de Web, mais des fanzines et une revue mythique, «Jeux & Stratégies», du groupe Sciences & Vie qui a vite compris les enjeux de ce nouveau marché.

Dans ce magazine furent alors publiés 2 ou 3 articles sur un drôle de casse-tête venant de Budapest où il remportait un succès fou depuis quelques années. Un objet mécanique, un puzzle tridimensionnel, offrant des centaines de milliers de combinaisons et qu’il fallait manipuler pour le remettre dans sa position initiale. Même l’inventeur, au départ, avait coincé pour le résoudre : plus d’un mois… Le casse-tête le plus tordu de la planète quittait l’Est pour envahir l’Ouest : le cube de Ernö Rubik.

Très vite, un groupe de copains et moi fûmes fascinés par cet objet au design surprenant. Non seulement, ce casse-tête semblait infernal à résoudre, mais en plus il recelait un mystère mécanique : par quel rouage subtil pouvaient tenir les 26 cubes formant 6 faces de 9 carrés de couleurs différentes et tourner dans tous les sens ? La démystification eut lieu en trois temps.

Lors d'un examen blanc de mathématiques, notre professeur, sosie de Soljenitsyne, pris un de nos Rubik’s cube et passa une petite heure à se promener dans la salle pendant que nous planchions. Il le triturait et le cric-crac caractéristique de chaque rotation résonnait dans le silence de la salle. Puis de temps en temps, il se dirigeait vers le tableau et notait 2 ou 3 formules à la craie. Quand nous eûmes rendu nos copies, il nous fit alors un cours spécial Rubik’s cube. Le problème était simple : ce n’était qu’une application de la théorie des groupes (*). Il nota quelques équations de mouvements en jargon algébrique, mais il n’avait pas trouvé la solution complète. La suite de la démystification fut alors publiée dans Sciences & Vie qui donnait les 5 ou 6 formules de bases de mouvements permettant de reconstituer le cube. Une information particulière, à laquelle, nous, élèves ingénieurs, n’avions pas fait attention, nous alerta sur le secret du mécanisme : sur les 26 cubes, 6 étaient fixes et solidaires, donc immobiles. Les 6 carrés centraux de chaque face formaient une sorte de croix à 3 dimensions. Alors, un soir ayant déjà fait et refait des dizaines de fois le cube en quelques minutes, je décidais de l’exploser pour comprendre. Je découvrais alors cette fameuse croix en plastique autour laquelle était assemblés des 20 autres cubes qui avaient à l’intérieur des glissières arrondies pour qu’ils tournent entre eux et étaient lubrifiés avec du talc, tout bêtement. À ma grande joie, je pus alors le reconstruire.

Mon attachement à ce gadget et à ses variantes (un modèle porte clé à 4 cubes par face, et un maxi à 16 cubes par face que je n’ai jamais réussi à reconstituer) dura jusqu’au milieu des années 80, date à laquelle il commença à tomber un peu dans les oubliettes. Pourtant les articles et les émissions avaient été nombreux sur le sujet, et tous les ans un championnat du monde avait lieu. Si j’en crois les infos glanées à droite et à gauche, le palier de moins de 20 secondes n’a pas encore été franchi…

Depuis cet objet est redevenu à la mode et fait partie des standards que l’on trouve sans difficultés dans les rayons de la Fnac Junior ou de Toys et autres magasins de jouets.

Et puis c’est un aussi symbole du socialiste en changement. Il a été inventé en 1974, à Budapest. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque, même si il y a de la grogne en Pologne, le communisme fonctionne encore et le mur de Berlin est loin d’être tombé. C’est là où se situe une sorte de paradoxe politique. Ernö Rubik ramassent alors une fortune en fabriquant et en distribuant dans le monde entier au moins 200 millions d’exemplaires du cube. Cela lui vaudra le titre de milliardaire socialiste. Un socialiste qui aura très bien tiré son paquet d’épingles jeu. Contrairement à un autre génie de l’autre côté du rideau de fer, l’inventeur du best-seller planétaire de l’arme : Kalashnikov. Pas un rouble pour lui…

(*) Pour les matheux, souvenirs :
E est un ensemble muni d’une loi de composition notée *.
Le couple (E,*) est un groupe si :
a) la loi de composition * est associative,
b) il existe un élément neutre e pour la loi de composition *,
c) tout élément de E possède un symétrique pour la loi de composition *.
Facile, hein…


5.5.05 20:11


Les enceintes monos.


Je me souviens, c’était début 1975. Nous venions de quitter Chamalières, le Neuilly de Clermont-Ferrand, pour Montluçon, mon père ayant été nommé directeur d’une grande surface de distribution. Je ne garde pas un souvenir impérissable de la première année dans cette ville de l’Allier, traversée par le Cher (les mystères de la géographie…). J’ai eu du mal à m’intégrer dans un collège où les copains étaient à 95 % fils et filles d’ouvriers. Tout Montluçon vivait à l’époque grâce à 3 usines : les pneus Dunlop, les missiles Sagem et les compteurs électriques Landis & Gyr. Oh, je n’ai rien contre les ouvriers, mais quand on quitte une ville dont tous les copains ont des parents médecins, architectes, chirurgiens, dentistes, expert-comptables, ingénieurs, avocats… Bah, c’est con, mais, la mayonnaise, elle ne prend pas tout de suite. Surtout quand j’expliquais que je venais de la ville dont le maire était le président Giscard. Les amalgames ont la peau dure…

En ce milieu des années 70, il n’y avait que 3 chaînes de télé. Point. Pas de PC, pas de Mac, pas de portables, pas d’Internet, pas de weblogs, pas de SMS, pas de MP3, pas de Playstation ou de Gamecube. Alors les activités branchées et techniques à cette époque, étaient le modélisme et l’électronique. Quand je dis modélisme, je ne parle pas des maquettes Heller en plastique avec 34 pièces à coller et à badigeonner. Non, du vrai, du costaud. De vrais avions, de 1,50 m d’envergure, avec un vrai moteur bien gras à pétrole qui puait, une radiocommande avec des canaux de fréquences à paramétrer, et que l’on allait faire voler à l’aérodrome à la sortie de la ville. Si tu n’y touchais pas en aéronautique, menuiserie, peinture, serrurerie, mécanique, électricité et électronique, ce n’était pas la peine. Et il fallait avoir un garage avec atelier. J’étais une bille dans tout ça et l’on habitait en appartement. Le problème était donc réglé. Restait alors l’électronique. Et quand tu annonçais que tu faisais de l’électronique : attention, respect. Tu parlais de plaques, de circuits, de soudures, d’étain, de potentiomètres (potards pour les initiés) de diodes, de transistors, de résistances, de condensateurs, de thyristors, de diacs, de triacs. Oulala, pointu le triac… Là aussi je ne captais rien. Alors pour me faire un vernis, je lisais la revue «Le Haut Parleur». Science et vie, à côté, ce n’était rien, du pipi de chat, les aventures de Pifou dans la science !

En fait ce qui m’intéressait dans cette revue, c’étaient les pages bricolage pour faire soi-même ses enceintes. Mon rêve, c’était d’avoir dans ma chambre un son lourd et épais pour écouter «Whole Lotta Love» de Led Zep ou «Locomotive Breath» de Jethro Tull à fond.

Mon argent de poche partait à 200 % dans les disques et la monnaie dans l’achat du magazine «Best». Pour cela, je passais mon mercredi matin et une partie de mon samedi chez mon disquaire. Un type formidable, qui venait d’ouvrir sa boutique. Un drôle de jeune couple, lui vague sosie de Steve Tyler, le chanteur d’Areosmith, et elle Mireille Darc échappée du «Grand Blond». Je lui dois une grande partie de ma formation et de ma culture musicale. Pour cela, comme sa boutique était souvent vide, il me passait des 33t sur sa super chaîne hi-fi avec des enceintes mythiques : les sphériques de Élipson. Quand je lui ai demandé d’où elles venaient, il me répondit que c’était le top du top, que c’est ce qu’il y avait dans tous les studios de la Maison de la Radio. Non seulement elles avaient un son moelleux, mais en plus elles avaient de la gueule, recouvertes d’un crépi blanc. Le design seventies à son comble.

Comme avoir ce type d’enceintes m’était impossible pour des raisons évidentes, j’en fis immédiatement mon deuil, jusqu’au jour où P., un copain de classe, m’invita chez lui. Dans sa chambre, trônait un magnifique Teppaz, la Rolls des électrophones, et de part et d’autre de son lit, 2 énormes enceintes faites maison. «Whole Lotta Love» à fond. Jimmy Page était dans la chambre. Le délire. Je lui demandai pourquoi deux enceintes, sur un Teppaz mono. La réponse tomba alors : pour avoir comme un effet stéréo. Le son remplissait la pièce. Mais c’était bien sûr !!!

Pendant quelques semaines, je me privai alors de 33t et investis mon argent au Bricobois du coin pour me faire découper des planches d’agglo, développai des trésors d’ingéniosité pour récupérer deux gros haut-parleurs sur des vieux appareils, potassai les plans dans «Le Haut-Parleur» pour analyser le principe Bass-reflex, transformai ma chambre en menuiserie et enfin en atelier de peinture. Car à défaut d’avoir des enceintes sphériques, j’avais décidé qu’elle auraient le même aspect extérieur que les Élipson, blanc, crépi. J’avais trouvé une peinture blanche épaisse et un rouleau spécial.

J’ai gardé ces enceintes jusqu’à mes 20 ans. Au départ je les ai branchées en série sur un électrophone mono (le rond design de Philips), puis sur un électrophone stéréo Grundig qui avait un assez bon ampli. Après j’ai investi dans un ampli Yamaha, qui est toujours en service avec 2 enceintes Celeston au bout.

Pour préparer cette note je me suis baladé sur ebay. Les enceintes Élipson sont mises aux enchères à partir de 1000 euros. C’est un produit collector et l’on en trouve encore dans certains studios.
Quant à mon disquaire, je ne sais pas ce qu’il est devenu, 20 ans que je n’ai pas mis les pieds à Montluçon. Quand j’ai quitté cette ville, les commerces commençaient à fermer, Dunlop était en faillite, laissant sur le carreau les copains et leurs parents. J’espère qu’il a vendu à temps son commerce… et gardé ses deux enceintes.

2.5.05 22:36


Les esquimaux.


Je ne me souviens plus exactement, si c’était en 1971 ou 1972. Enfin, c’était le début des années 70. Une période magique à comparer du marasme actuel. Quand on a une dizaine d’années, on ne réalise pas forcément très bien, on a d’autres préoccupations que le cours du baril de pétrole… L’économie allait bien, pas pour longtemps. Mon père avait perdu son travail à la suite de la fermeture de son entreprise, une grande marque de chocolats. Je me souviens qu’il changeait de job comme de chemises. C’était une époque où l’on pouvait se payer le luxe de quitter une boîte parce qu’on n’aimait pas l’ambiance, la gueule du patron ou la couleur de la moquette. Mon père a été successivement commercial chez un cartonnier, publicitaire, vendeur d’appartements dans une station de sports d’hiver, pour finalement atterrir dans la distribution…

Pendant ce temps-là, maman était à la maison à s’occuper de ma sœur et moi. Et comme bon nombre de femmes au foyer à cette époque, ma mère fut entraînée dans des réunions secrètes entre femmes. Des réunions, où une démonstratrice venait présenter un produit extraordinaire qui allait révolutionner les cuisines pour des décennies et des décennies. La secte Tupperware venait de frapper notre foyer.

Il est vrai que ces boîtes aux formes rectangulaires et aux couleurs pastel présentaient un avantage extraordinaire : elles signaient la mort partielle du papier d’aluminium. Avouez que l’intérieur d’un frigo avec ces belles boîtes alignées cela avait un plus d’allure que des assiettes ou des bols vaguement fermés avec des bouts d’alu. En plus cela sentait moins… Euh, façon de parler. Car la fermeture de la boîte Tupperware nécessitait un tour de main. Il fallait bien appuyer sur le couvercle, en le tenant par le petit bout, pour chasser l’air. En fait on fermait une première fois, puis on soulevait le coin en appuyant, pfff, l’air s’échappait. Enfin, on fait toujours ça. Je n’ai pas toujours compris cette histoire, pfff, parce que, de l’air, il en reste toujours dans la boîte Tupperware, et donc autant de bactéries qui vont se développer avec joie. Parce que c’était ça la surprise des boîtes Tupperware (et ça l’est toujours…) : la boîte qu’on oublie dans frigo. Elle est plus ou moins opaque, le couvercle ne laisse rien voir, on se sait plus ce qu’il y a dedans, et quand on l’ouvre, oulala !!! ça fouette, généralement, ça forme un truc compact avec moisissures en option, qui pue dans la poubelle et quant à la boîte, on arrive vaguement à la récupérer ou alors elle passe aussi à la poubelle.

Une des grandes joies des boîtes Tupperware, c’était le rangement. Les boîtes Tupperware ne se rangent pas. Ça fait partie du concept. Tout au mieux on arrivait à en mettre deux ou trois l’unes dans l’autres, mais après on se retrouvait avec des couvercles que l’on cherchait par la suite. Et, bien entendu, on ne trouvait jamais celui qu’il fallait. Donc on ressortait le papier d’aluminium. Le problème est identique aujourd’hui. Sauf que le génie des ingénieurs Tupperware étant sans limites, ils ont inventé des formes de plus en plus inrrangeables, et le papier d’aluminium a été remplacé par le film plastique. Le film dont on ne trouve jamais le bout…

On avait des boîtes carrées, rectangulaires, plates, hautes, des gobelets, des carafes, des trucs, des machins, des bidules… Puis, un jour maman a commandé les moules à esquimaux Tupperware. Le produit le plus révolutionnaire de cet été 1971 (ou 1972 …). En ce début des seventies, il n’y avait pas Picard et ses 150 références en bâtonnets, esquimaux, cônes, sorbets, timbales, bûches, pousse-pousse, barres glacées, boules, etc. Quand on avait envie d’un esquimau, on allait à l’Économat du coin, ou au Suma, et l’on achetait des Miko. Avec le kit moules à esquimaux Tupperware, les glaces à volonté allaient arriver à la maison.

Bon d’abord, ce n’était pas des glaces, mais plutôt des sorbets. Pour les parfums, on restait dans les basics fournis par les sirops de l’époque : orange, citron, fraise… Ensuite il fallait s’y prendre franchement à l’avance. Disons 24 heures, et il ne fallait pas que le freezer soit occupé par une boîte de poissons Findus. Et puis pas question de faire une glace-party avec des copains, parce que le kit était prévu pour 6 esquimaux : 2 pour les parents, 2 pour moi et ma sœur, ça limitait à deux copains invités. Pour le rabe tintin ! Ensuite le grand moment était la dégustation. Vous remarquerez l’anneau qui termine le bâtonnet. Oui, on dirait comme un tire-bouchon. C’est exactement ça. Toute la technique de l’esquimau Tupperware, parce qu’il s’agit d’une marque à fort contenu technologique, c’était le démoulage. Ou plutôt le non-démoulage. L’anneau avec le bâtonnet vous restait alors entre les mains, le couvercle résistait, le freezer avait mal travaillé et cela coulait… Dans 3 cas sur 4 cela se terminait par terre ou à la cuillère dans une assiette.

De temps en temps sur les vides-grenier, je vois ces kits avec leurs moules en plastique jaunis, leurs couvercles pas très hygiéniques et leurs bâtonnets terminés par cet énorme anneau qui fait penser à celui d’une sucette de bébé… Généralement, les vendeurs s’en débarrassent pour un euro. Quoique sur ebay, j’en ai vu à 6 euros !

Finalement, je crois que ces glaces bricolées maison plairaient peut-être à mes enfants. 6 euros sur ebay ?… bon… Je vais aller chez Picard.
2.5.05 00:23


COMING SOON…


…bisous aux 2 ou 3 curieux de passages…

En attendant allez faire un tour à la maison mère…
1.5.05 00:17


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